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PORTES OUVERTES D'ÉQUINOXE D'AUTOMNE DE L'ATELIER Croqu'Vif® , Jean-Pierre GUAY Atelier d'estampe Croqu'Vif ®

Jeudi 22 septembre 2016 : PORTES OUVERTES D'ÉQUINOXE D'AUTOMNE DE L'ATELIER Croqu'Vif®

Étrangement délicieux

Chaque jour d'équinoxe, les portes de l'atelier Croqu'Vif s'ouvrent à un public d'amateurs amis, aujourd'hui habitués à ce rituel, et à de nouveaux visiteurs.

Ces moments rares ponctuent chaque demi-année de travail.

Si bien que, dans un espace réduit et particculièrement intîme, se côtoient ou se rencontrent ces jours-là, des personnes qui n'auraient jamais dû le faire. Je suis, tout à la fois, l'organisateur, le spectateur et le bénéficiaire d'événements inconcevables nulle part ailleurs.

Au-delà des cimaises installées dans une véranda très bien exposée, se trame, dans l'atelier plus sombre, une intimité plus authentique, lorsque, par la magie de l'imprimerie en taille-douce, se divulguent sur le vif les tours de main jusque là tenus secrets.

Un jour, il y a déjà 22 ans, alors que je devais me partager pour une dizaine de visiteurs présents, entre ces deux lieux (exposition et impression) je fus alerté par la femme de l'un d'eux, et je pus observer l'agitation progressive d'un homme grand et mince, contraint de se pencher légèrement vers mes estampes exposées un peu trop bas pour lui, rechaussant par instant ses lunettes comme pour mieux jouir du plaisir procuré par sa contemplation.

Vous êtes, dans ce cas, à la fois amusé et étonné de pouvoir découvrir des signes visibles, révélant les effets d'une dégustation très personnelle.

C'est une série de 18 pointes-sèches nouvelles, réalisées en une vingtaine de jours sans repentir, c'est à dire gravées puis imprimées sans épreuves d'essais, qui avait capté l'intérêt, et la grande effervescence semblait durable.

Apparemment, je ne pouvais qu'observer des gestes qui tentaient un remaniement du parti pris d'exposition de l'ensemble. Insensiblement, sous mes yeux, mon travail m'échappait et devenait matériau malléable à la destinée improbable.


On ne peut pas vivre, en direct, de gratification plus complète: vous interrogez votre public chez vous, et c'est bien lui qui élabore sur le champ ses propres réponses...quelle jubilation!...

Dès le lendemain, le prêt de la collection fut jugé indispensable.

À sa table de travail, le poète reconstruisit une structure adaptée au texte qui lui était"donné"_par quelle magie?_ et qui s'imposait alors comme une évidence. Il créa son exposition personnelle et en réalisa même l'accrochage. Il ne restait plus qu'à choisir et combiner les mots.


Il avait éprouvé avec force ce que j'avais ressenti confusément en griffant ces très fines plaques de cuivre deux fois moins épaisses que d'habitude: la fragilité du support avait modifié ma gestuelle,et les zones rayées par des pointes très dures d'acier au tungstène, étaient regroupées de manière singulière. Le noir et le blanc n'étaient plus, comme avant, également partagés ni répartis sur la feuille blanche de l'épreuve: c'était le blanc, plus audacieux, qui haussait le ton, accompagné comme il se doit, par quelques signes noirs nécessaires et bien placés.Pour tout dire, nous étions bien à l'équinoxe de printemps et elle nous entraînait de façon impérative vers la lumière crue du plein été.


Gilbert l'avait compris puis exprimé avec un choix de mots raffinés: la révélation de la pureté des blancs nous éblouissait.

Après de telles evidences et grâce à toutes ces beautés exaltées, impossible de rayer sa plaque de métal sans une conscience en éveil, et une vigilance plus aigüe.

Depuis ce temps, les nouveaux plaisirs, pour moi, s'inscrivent dans des vertiges inattendus surgis de gestes de plus en plus audacieux.

Je reçus le texte et sa dédicace_quel cadeau_fin juin, alors qu'une exposition m'était proposée pour le début octobre: "Au centre du gravé, les mouvants..." à Jean-Pierre Guay.


Texte et gravures, y compris plusieurs matrices et un miroir furent installés au centre de la salle d'exposition, scellant pour toujours le titre offert par l'auteur du poème...tandis que, tout autour de la salle, 17 grandes gravures évoquant "l'épée de flammes" de Pablo Neruda, inversaient la démarche orientée cette fois de la littérature vers la gravure.

Gilbert et sa femme Maria firent l'acquisition de leur oeuvre préférée qui figura sur les murs du stand de la revue "Sapriphage" pendant plusieurs années au marché de la poésie, Place Saint-Sulpice à Paris, intitulée:

"Étrangement délicieux"...

tout comme ces partages et échanges généreux.

 
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Jeudi 22 septembre 2016 : PORTES OUVERTES

Noir ou blanc?

Oser contempler l'insondable miroir de la

plaque de métal sans rien n'y "pré-voir" jusqu'à

l'éblouissement fécond,signal décisif pour

l'attaque d'une pointe-sèche.

Organiser des échappées, champs multiples,

réserves immaculées improvisées au sein du

chaos des griffures et des stries originelles, afin

de rallier et franchir en douce

les limites du format.

Faire surgir enfin les sillons les plus profonds

gorgés d'un noir velouté, aussitôt submergés par

l'éclat du métal poli.

C'est ce blanc-là que je veux extraire,

préserver et célébrer.

 

"(...) Mémoire de peau du visage des corps sous le ciel,

l'obscur déterre les yeux le blanc en cette nuit

dispense en chaque oeil la langue le monde la nudité de son autre (...)"

(extrait de Au centre du gravé, les mouvants de Gilbert Desmée, 1994)

Gilbert Desmée est décédé en septembre 2014

 
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